Le partenariat stratégique France-Brésil et l’issue suédoise du programme FX2

conf partenariat France Bresil

Jeudi 6 février 2014 s’est tenue une conférence sur le partenariat stratégique France-Brésil à l’École militaire. L’ANAJ-IHEDN, comme à son habitude, a offert à ses participants 1h30 de conférence de très grande qualité, en invitant Regiane de Melo, conseillère stratégie et défense de l’ambassade du Brésil en France et le Docteur Jean-Jacques Kourliandsky, docteur en histoire, consultant auprès de la Banque Interaméricaine de Développement et du Programme des Nations Unies pour le Développement.

Cette conférence donne l’occasion de revenir sur le partenariat stratégique France-Brésil, alors que le programme d’acquisition de nouveaux avions « FX2 » est revenu à la Suède, malgré les promesses de l’ancien président brésilien à la France.

Revenons sur le partenariat stratégique France-Brésil

Le partenariat stratégique France-Brésil a été inauguré en 2006 par les présidents Jacques Chirac et Luis Inácio Lula da Silva (Lula). Il a donné naissance à un important programme industriel de défense puisque quatre des sept domaines de coopération concernent le secteur de la défense.

La coopération bilatérale s’étend aux trois corps d’armée terre, air et mer. Tout d’abord, des actions communes des deux armées de terre sont menées à la frontière entre la Guyane et le Brésil. Dans le domaine maritime, cette coopération se traduit dans les missions de surveillance par les échanges d’information et le partage des contrôles à effectuer. Par ailleurs, un programme de développement de sous-marins (Prosub) qui a eu un grand succès (construction de 4 sous-marins conventionnels de type « Scorpène ») et la construction d’un sous-marin nucléaire opérationnel d’ici 2020. Enfin, pour les actions aériennes, le partenariat inclut la formation des pilotes, les échanges de personnel et la conduite d’exercices communs.

La supériorité du nombre de projets menés avec la marine et l’armée de l’air, en comparaison avec le plus faible nombre d’initiatives menées avec l’armée de terre, est cohérente par rapport à la priorité accordée aux deux premiers corps dans la nouvelle orientation stratégique du Brésil.

De plus, ce partenariat œuvre au rapprochement des entreprises : Areva a remporté en 2013 un contrat pour achever la construction d’une centrale nucléaire, Total et Technip sont de grands partenaires de Petrobras. Ce rapprochement s’étend au-delà du domaine de l’industrie de défense : Casino est le plus grand employeur privé du Brésil, et l’accord pour la création d’un forum économique France-Brésil, signé le 12 décembre 2013 lors de la visite présidentielle au Brésil, confirme cette tendance.

« Dans le futur, ce partenariat offre des opportunités, notamment dans la défense et dans le domaine spatial, explique Regiane do Melo : le budget de défense brésilien a été multiplié par 4 entre 2003 et 2009 ». En effet, l’évolution du budget de Défense est de bonne augure pour le partenariat FRance-Brésil, tant pour le renforcement de capacité industrielle brésilienne que pour le développement des entreprises françaises au Brésil. Cependant, l’issue du programme d’acquisition de nouveaux avions, le FX2, a levé quelques indignations du côté français.

Et le rafale ? « le Brésil ne gagne pas toutes les coupes du monde de football, la France ne gagne pas tous les appels d’offre »

Ce sont les mots de Regiane de Melo lorsqu’elle aborde le dossier sensible de « l’équipement aérien », qui devait revenir à la France selon les promesses de l’ancien président brésilien Lula en 2009. Et elle ajoute : « Il est normal que la France soit déçue, mais le modèle choisi par le Brésil devait correspondre aux critères émis par le gouvernement et surtout devait répondre à une problématique de coût.»

Les difficultés de vente du rafale

Loin de remettre en cause la technologie et les capacités de cet avion, le Brésil explique son choix par le contexte de crise financière, de ralentissement de la croissance et d’inflation. La logique de coût incite le pays à réduire ses ambitions. Le rafale, bien que très avancé technologiquement, souffre d’un prix trop élevé ce qui a dissuadé plus d’un pays dont le Chili, comme le souligne Jean-Jacques Kourliandsky. D’après le ministère français de la Défense, l’heure de vol du Rafale devrait avoisiner les 10000€ l’heure de vol, alors que le Gripen 4500€. Ces considérations excluent, bien entendu, le ratio coût-efficacité. Par ailleurs, il est important de garder en tête que les forces armées brésiliennes avaient donné un avis favorable au Gripen.

La question du transfert de technologies

Le seul coût ne justifie pas le choix du suédois. Le Brésil mise sur le transfert de technologies et la France sur la pérennisation de ses exportations et de son industrie de défense: « En effet, rappelle Regiane do Melo, le Brésil mise sur le transfert de technologies, comme le préconise le document de stratégie à la défense de 2008 ». Le simple « achat sur étagère » ne suffit plus et le géant sud-américain souhaite acquérir une autonomie industrielle dans le domaine. D’après le Brésil, les clauses françaises étaient trop restrictives pour correspondre aux souhaits du gouvernement.

Les incohérences brésiliennes sur ce dossier

Si l’avion suédois répond aux critères financiers émis par le gouvernement brésilien, il ne correspond pas aux critères techniques : comme l’explique Jean-Jacques Kourliandsky, l’emploi de cet avion mono-réacteur est limité à la sécurité intérieure, ce qui représente un inconvénient. Par ailleurs, c’est un choix qui augmente la dépendance technologique aux Etats-Unis, puisqu’un tiers des pièces dont le moteur sont américaines, alors que le Brésil a refusé l’achat du F-18 pour ne pas compromettre son indépendance.

Jean-Jacques Kourliandsky inscrit cette désillusion française dans un contexte plus large de « malentendus » entre les deux pays. En effet, leurs positions divergent sur de nombreux dossiers internationaux récents, comme les conflits syrien, libyen, ou encore ceux du Mali et de la Centrafrique. De même, l’accord négocié par le Brésil sur le nucléaire iranien n’a pas reçu le soutien français. Ces récents évènements ont probablement influencé le choix brésilien.

« La France a perdu sa spécificité diplomatique et stratégique »

Jean-Jacques Kourliandsky et Regiane do Melo se sont entendus sur cette affirmation. La France souffre d’un retard dans la compréhension stratégique des évolutions des rapports de force internationaux : le Brésil cherche à développer et à solidifier ses partenariats. D’ailleurs, certaines puissances l’ont compris et se sont déjà positionnées dans de nombreux domaines avec une approche globale. La France doit garder cela à l’esprit et éviter de se limiter à une diplomatie mercantile, comme le rappelle Jean-Jacques Kourliandsky, sans quoi elle risque de se voir désavantager dans les négociations.

La France doit montrer une vraie stratégie envers l’Amérique latine et le Brésil, incluant, au-delà du volet économique, des politiques communes sans quoi son poids aux yeux de la région diminuera. Par ailleurs, l’implication du Brésil dans de nombreuses alliances avec des pays émergents pourrait constituer un tremplin pour la diversification de la diplomatie française en dehors de sa zone traditionnelle.

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