Recension d’ouvrage: Les relations internationales du Brésil, les chemins de la puissances. Vol.1: représentations globales

RI Brésil

Les relations internationales du Brésil, les chemins de la puissance est une référence pour comprendre les grandes évolutions de la politique étrangère et la diplomatie brésiliennes depuis l’arrivée du président Lula da Silva au gouvernement en 2003. L’ouvrage inscrit ces changements dans le contexte historique du pays, une mise en perspectives qui permet de mieux comprendre les choix politiques de cette puissance émergente.

Présentation de l’ouvrage

“A l’aube du XXIème siècle, le Brésil paraît bien avoir changé de statut. A croire que le géant s’est réveillé ou du moins que l’éternel pays du futur a enfin embrassé le présent”. Cette phrase d’Alain Rouquié, politologue, spécialiste de l’Amérique Latine contemporaine, pourrait résumer l’objet du présent ouvrage, consacré à la politique de Lula da Silva, président du Brésil de 2003 à 2010. L’importante visibilité qu’a gagnée le Brésil à l’issue de ces huit années a incité ces experts à analyser sa position avant 2003 ainsi que les évolutions permises par la politique de. Ce livre permet d’appréhender précisément le rôle du gouvernement de Lula da Silva dans le développement de l’image actuelle du Brésil au travers du style politique de son chef d’Etat et de ses réalisations. Plus globalement, il ouvre également une vision plus large sur le potentiel du pays et les défis à relever.

Cet ouvrage est une étude géopolitique qui analyse les relations internationales du Brésil et particulièrement la politique étrangère menée entre 2003 et 2010. Il réunit le travail de vingt-trois experts, aux expériences professionnelles différentes : professeurs d’université, chercheurs et directeurs de recherche, ambassadeurs, avocats, conférenciers, écrivains. La variété des profils et des expériences des co-auteurs de cet ouvrage l’a enrichi d’un ensemble d’approches et de visions complémentaires. Le traitement des thématiques est donc exempt d’une idéologie dominante.

La coordination de ce livre a été réalisée par Antonio Carlos Lessa, professeur de relations internationales à l’Institut de Relations Internationales de l’Université de Brasilia et par Denis Rolland, professeur à l’université de Strasbourg (IEP) et directeur du laboratoire de recherche FARE, membre de l’Institut universitaire de France, directeur d’études à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, et enfin recteur de l’académie de Guyane.

Ce livre a été publié à la veille des élections présidentielles de 2010 qui ont consacré Dilma Rousseff en tant que nouvelle présidente. L’utilité d’un bilan sur la présidence et la politique extérieure du Brésil apparaît donc pertinente afin d’envisager le futur de cette puissance Sud-Américaine. Lula da Silva a été un président particulièrement remarqué, au risque d’une exagération de son bilan. Le danger d’une mythification du président constitue un biais à l’analyse que ce livre tente de corriger.

Cet ouvrage propose tout d’abord un état des lieux de la situation politique du Brésil sur l’échiquier international, et établit les objectifs et stratégies brésiliennes. Il analyse le développement du multilatéralisme au Brésil dans les domaines économique, politique et environnemental et approfondit en particulier la stratégie d’ « autonomie par la diversification » qui a guidé la politique étrangère de Celso Amorim, Ministre des Affaires Etrangères de 2003 à 2010. Les stratégies propres de défense et de partenariats stratégiques sont ensuite développées pour aboutir à un bilan de l’ « ère Lula » et des limites de sa diplomatie. La troisième partie de l’ouvrage est consacrée aux interprétations critiques d’experts, de la presse internationale, de l’opposition politique brésilienne. Enfin, la dernière partie est une approche prospective du futur politique du Brésil.

Thématiques abordées

Le livre rappelle les objectifs et stratégies majeurs de la politique étrangère de Lula. Les trois objectifs principaux sont rappelés, à savoir l’obtention du statut de membre permanent à l’ONU, la nouvelle articulation souhaitée des espaces économiques traditionnels et l’ouverture de marché pour l’industrie brésilienne. Il traite également des quatre stratégies développées pour y parvenir, à savoir l’intensification de l’intégration régionale au travers du MERCOSUR et de l’UNASUR, l’implication multilatérale dans le développement de la paix (MINUSTAH), l’agenda commercial affirmé et la diversification des partenariats avec les pays du Sud.

Afin de bien appréhender la direction prise par le gouvernement de Lula da Silva, Vigevani et Cepaluni soulignent l’influence de Geisel sur la politique de Lula en matière de rapprochement Sud-Sud et d’éloignement des pays riches pour atténuer les asymétries de pouvoir. Sa politique est comparée à celle de son prédécesseur direct, Cardoso, mais le livre fait aussi état des courants de pensées qui ont influencé ses choix, dont celui de Geisel. Vigevani et Cepaluni proposent également une grille d’analyse des évolutions des politiques des différents gouvernements: le modèle Hermann. En terme d’influence, la stratégie diplomatique brésilienne est également appréciée au regard des trois priorités de l’agenda international que sont la sécurité, l’économie et l’environnement.

Les objectifs sont ensuite mis en perspective avec les moyens développés pour réaliser sa stratégie diplomatique. L’accent est mis sur l’ « autonomie par la diversification », qui fait suite aux stratégies d’ « autonomie par la participation » et d’ « autonomie par la distance » des gouvernements précédents.  Antonio Carlos Lessa aborde le rôle des partenariats stratégiques et structurants, tant dans leur importance historique que dans leur rôle de coopération politique et économique. Une attention particulière est donnée aux partenariats stratégiques avec les USA et, mais aussi à ceux créés avec le Japon, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et l’Union Européenne. L’ambiguïté des rapports avec la Chine qui adopte progressivement un rapport dominant à l’égard du Brésil, notamment dans leurs rapports commerciaux, est détaillée, de même que les deux désaccords avec les Etats-Unis, à propos du Honduras et du nucléaire Iranien. Le livre revient sur l’intensification de l’intégration du Brésil et porte une attention particulière aux négociations et batailles menées à l’OMC, la première contre les USA, et la deuxième contre l’UE. Il aborde également les négociations du cycle de Doha qui ont affirmé le souhait du Brésil de garantir ses intérêts nationaux, de modifier les relations de forces traditionnelles et d’assoir son poids dans les décisions internationales. Ces velléités brésiliennes se traduisent également dans l’opposition faite à l’instauration de la Zone de Libre Echange Américaine (ZLEA). Plusieurs  chapitres analysent la diversification des alliances selon les intérêts partagés par les pays concernés ; bien que le MERCOSUR et l’UNASUR fussent la priorité du gouvernement, la constitution de l’IBSA et des BRIC ont constitué des étapes importantes.

En matière de stratégie diplomatique, Denis Rolland et Antonio Carlos Lessa questionnent la possibilité d’un « smart power brésilien », grâce aux nombreuses alliances créées et à une politique sécuritaire originale développée dans le but d’étendre son influence. Jean-Jacques Kourliandsky met en valeur le rôle de la « diplomatie imaginative » du Brésil comme facteur ayant participé à son rayonnement. Celle-ci est en partie basée sur une diplomatie contestataire permettant aux puissances « émergentes » de se faire entendre des puissances majeures sur la scène internationale. Mr Carlos Lessa évoquera la possibilité d’une « diplomatie sensationnaliste ».

Le développement de l’ouvrage montre les difficultés auxquelles se heurte le Brésil dans la mise en place de ses actions: les rivalités régionales en Amérique du Sud, notamment avec l’Argentine, mais aussi avec la Bolivie. La perception d’une hégémonie brésilienne sur le continent a été mal perçue des pays voisins et a freiné l’intégration régionale. Une évaluation et une critique de son bilan sont dressées en fin d’ouvrage, soulignant qu’aucun des trois objectifs établis en début de premier mandat n’a été atteint, bien que le pays ait indéniablement gagné en reconnaissance internationale. Paulo Roberto de Almeida analyse les raisons de cet échec et les méthodes qui peuvent l’expliquer. Les critiques nationales font état d’une trop grande dispersion des actions et d’un manque de clarté et de hiérarchie des objectifs de politique nationale, l’intérêt des pays voisins ayant parfois été favorisé au détriment des intérêts nationaux dans le cadre d’une pacification des relations. Enfin, la négligence des Droits de l’Homme et les relations privilégiées avec certains dictateurs ou responsables autoritaires ont également entaché l’image de ces deux mandats.

Analyse critique

Bien que cet ouvrage ne prétende pas offrir une vision exhaustive de la stratégie diplomatique brésilienne, on peut regretter que les relations du Brésil avec certains pays et zones ne soient pas abordées plus en détail. A titre d’exemple, les relations développées depuis 2005 avec les pays de la ligue Arabe sont très brièvement abordées, alors qu’elles s’inscrivent très clairement dans la stratégie diplomatique de Lula da Silva. Le livre d’Elodie Brun Les relations entre l’Amérique du Sud et le Moyen-Orient : un exemple de relance Sud-Sud*1 offre une analyse approfondie de cette récente alliance, des caractéristiques de ce rapprochement opportuniste et de ses protagonistes. En outre, le rapprochement du Brésil avec les pays de la ligue Arabe a été fortement impacté par les Printemps Arabes. Le troisième sommet qui devait avoir lieu en 2011 a été retardé en 2012. De même, les priorités des pays arabes se sont concentrées massivement sur la résolution de l’instabilité régionale ; le Brésil s’est donc moins impliqué dans cette région. Ces évènements n’ont pas été abordés dans l’ouvrage.

De même, alors que les rivalités avec l’Argentine sont clairement traitées, la relation du Brésil avec le Mexique, importantes à l’échelle de la région d’Amérique Latine, n’ont pas été approfondies. Pourtant, ces deux pays se disputent le statut de leader de la zone d’Amérique Latine, et déploient des efforts en matière de politique internationales tout autant qu’en politique de développement interne. Le Mexique s’est d’ailleurs opposé aux côtés de l’Argentine à l’obtention par le Brésil du statut de membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. De son côté, le Brésil tient son concurrent majeur à l’écart des alliances régionales. Une étude comparative à l’échelle nationale de ces deux puissances a été réalisée par Bruno Lautier et Jaime Marques Pereira : Brésil, Mexique : Deux trajectoires dans la mondialisation*2.

Etonnamment, la culture brésilienne et sa diffusion internationale, qui participent grandement du soft power de ce pays n’ont pas non plus fait l’objet d’un examen. Alors que cet aspect est mentionné dans ce livre (page 72 notamment), on peut regretter qu’il ne fasse pas l’objet d’une analyse plus approfondie.

Enfin, ce livre a été édité à la veille des élections présidentielles d’octobre 2010 qui ont consacré Dilma Rousseff comme présidente du Brésil. Aujourd’hui il serait intéressant d’analyser l’évolution de la politique étrangère depuis ces deux dernières années et de faire une étude comparative de celle-ci au regard du programme de Lula. Son éloignement de l’Iran, dont les relations ont été reprochées à Lula, son rapprochement avec Washington sont des mutations intéressantes de cette nouvelle politique étrangère.

*1 : Elodie Brun, Les relations entre l’Amérique du Sud et le Moyen-Orient: un exemple de relance Sud-Sud, l’Harmattan, Paris, 2008

*2 : Bruno Lautier et Jaime Marques Pereira, Brésil, Mexique : Deux trajectoires dans la mondialisation, Karthala, Paris, 2004

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