Que doit-on attendre de la visite d’Obama au Mexique ?

La visite du président Obama jeudi 2 mai à son homologue mexicain va permettre à ces deux pays d’établir les priorités de leur agenda diplomatique commun.

 

Enrique Peña Nieto, membre du Parti Révolutionnaire International (PRI), élu le 1er décembre 2012, entend resserrer les liens entre le Mexique et les États-Unis. Il succède à Felipe Calderon du Parti d’Action Nationale (PAN), de droite catholique, dont la politique extérieure était caractérisée par un certain pragmatisme et un renforcement des relations avec leur voisin américain, remarqué et apprécié par ce même voisin. L’agenda diplomatique bilatéral se concentre principalement sur deux thématiques : l’économie et la sécurité.

Sur le plan économique, les relations s’intensifient depuis bientôt 20 ans dans le cadre des accords de l’ALENA (Accords de Libre Échange Nord Américain) et avoisinent les 500 milliards de dollars annuels (380 milliards d’euros). Enrique Peña Nieto a placé l’économie comme priorité absolue de son mandat. Les États-Unis gardent leur statut de premier partenaire commercial du Mexique, et la main d’œuvre mexicaine à bas coût représente un avantage concurrentiel pour les États-Unis. Enrique Peña Nieto envisage de nombreuses réformes en matière de droit du travail, d’éducation, de télécommunications et dans les secteurs énergétique et financier. Il promet également d’ouvrir la société PEMEX aux investisseurs étrangers, ce qui atteste d’un certain dynamisme. En revanche, il a déclaré que le Mexique ne doit pas être relégué au statut «  d’arrière-cour  » des USA, et inclut dans sa stratégie de développement économique le développement de partenariats avec d’autres zones géographiques. Dans cette optique, les Etats-Unis pourraient voir leur importance en tant que partenaire stratégique diminuer dans les années à venir.

Sur le plan de la sécurité, Enrique Peña Nieto estime que Felipe Calderón a réduit la relation diplomatique américano-mexicaine à la seule initiative Merida, qui entérinait une coopération bilatérale en matière  de sécurité. Pour autant, jusqu’en 2012, l’aggravation de la crise sécuritaire a donné lieu à 70.000 assassinats et environ 15.000 disparitions. Aujourd’hui, le nouveau gouvernement mexicain confirme sa préoccupation, mais les directives demeurent vagues, hormis trois mesures : une augmentation de budget de l’ordre de 5% du PIB d’ici 2018 ; la centralisation des forces de l’ordre existantes sous le contrôle du ministère de l’intérieur et la création d’une gendarmerie fédérale de 10000 membres. Cependant, celles-ci concernent en premier lieu les délits les plus fréquents au Mexique, à savoir le vol avec violence avec 667 délits pour 100 000 habitants, les extorsions, les enlèvements et les homicides. Le gouvernement s’est fixé comme objectif prioritaire de lutter contre ces formes de la délinquance, sans lien avec les cartels de la drogue pourtant devenus les principaux acteurs du commerce mondial de la cocaïne.

Or les préoccupations majeures des américains concernent la réduction du narcotrafic et du crime organisé, qui touchent 250 villes américaines. De plus, le Mexique a annoncé mettre un terme au partage d’informations et de ressources accordé aux services de renseignements américains dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic et du crime organisé. Le gouvernement Obama ne cache pas sa déception quant aux résultats de la politique de Felipe Calderón sur ce sujet, malgré l’attribution d’une aide financière conséquente. Les États-Unis pourraient donc craindre un recul de l’engagement mexicain dans ce domaine.

En conclusion, on remarque d’une part que l’immigration ne compte pas parmi les priorités de l’agenda mexicain. Malgré la baisse significative du nombre de migrants et vu l’engagement du président Obama en la matière, ce sujet devrait tout de même être abordé lors de sa visite. D’autre part, bien que la volonté du nouveau gouvernement mexicain de renforcer ses relations avec son partenaire historique américain soit une nouvelle encourageante, l’attitude d’Enrique Peña Nieto s’avère inquiétante à certains égards: en effet, l’économie devient sa priorité absolue, au détriment des autres axes de coopération. Or la maîtrise de la violence et de son effet de contagion aux USA semblerait mériter une attention au minimum aussi importante, notamment dans le cadre des relations diplomatiques entre les deux pays.

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