Brésil: le futur compromis des habitants des favelas à la veille des J.O et de la Coupe du Monde ?

Bresil-football

Déjà 170000 habitants déplacés au profit du « nettoyage » des grandes villes brésiliennes pour la coupe du monde et les JO, selon Raquel Rolnik.

 

La politique de modernisation des grandes villes brésiliennes en vue de la coupe du monde de football et des Jeux Olympiques a donné lieu au déplacement et à l’expulsion d’une partie de la population. L’urbaniste brésilienne Raquel Rolnik, rapporteuse des Nations Unies pour le Droit à un Logement Digne, a déjà fait part de ses craintes et a assuré que « plus de 170 000 personnes ont été déplacées au Brésil, dont environ 10 000 dans la seule ville de Rio. Des démolitions ont été effectuées quand les habitants étaient au travail». De son côté, Amnesty International s’insurge contre les expulsions forcées et estime que malgré l’absence de statistiques officielles, celles-ci concerneraient  déjà 9000 personnes à Rio de Janeiro et 30000 à 40000 personnes à l’échelle du pays.

Le Brésil accueillera prochainement deux des plus prestigieuses compétitions sportives internationales : la Coupe du monde en 2014 et les Jeux Olympiques à Rio de Janeiro en 2016. Pour les pays organisateurs, l’accueil de ces évènements internationaux représente un défi conséquent : la construction d’infrastructures sportives et la modernisation des réseaux de transport qui doivent correspondre aux standards de mise pour ces rencontres. De plus, l’affluence massive de visiteurs complique l’équation : à titre d’exemple, la coupe du monde de 2010 organisée en Afrique du Sud a drainé 400 000 visiteurs.

Ces deux manifestations constituent pour le Brésil une occasion idéale de confirmer son rayonnement international, de promouvoir son image et de se montrer à la hauteur de ses ambitions politiques et diplomatiques. Parmi les challenges sur lesquels le pays travaille, le mal logement est un point sensible, et s’illustre notamment par l’existence de nombreuses « favelas ». Les favelas sont des habitations construites sur des terrains illégaux avec des matériaux inadéquats, qui ne bénéficient pas d’équipements et de services urbains tels que l’eau courante, les égouts, l’électricité et la gestion des ordures. La présence de cet habitat précaire et insalubre s’est  étendue en périphérie des grandes villes au cours du XXe siècle et porte préjudice à l’image du Brésil, décidé à prendre les mesures nécessaires d’ici 2014 pour enrayer ce phénomène.

Le Brésil compte 195 millions d’habitants, mais surtout deux mégapoles que sont Sao Paulo et Rio de Janeiro, dans lesquelles se concentre une forte densité de population. Selon les statistiques de l’IBGE (Institut Brésilien  de Géographie et Statistique), le recensement de 2010 a conclu que 6 % des brésiliens vivait dans des favelas, soit 11,4 millions de Brésiliens. Les logements précaires se sont multipliés dans les grandes villes, et accueillent notamment 2 millions de personnes parmi les 6 millions d’habitants de Rio.

Afin de développer ces quartiers et d’améliorer les conditions de vie de leurs habitants, Lula da Silva  a initié des politiques de pacification et d’urbanisation des banlieues pauvres, relayées ensuite par le maire de Rio, Eduardo Paes. Ces mesures ont donné naissance en 2008 aux UPP (Unités de Police Pacificatrice), des unités chargées de lutter contre le narcotrafic et de faire chuter l’insécurité et la criminalité dans ces quartiers.

Cependant, la construction de nouvelles installations sportives se fait au détriment des populations résidentes. A titre d’exemple, la TransOlympica connectant le village Olympique au reste des infrastructures sportives traversera une favela. Or selon l’avis de plusieurs urbanistes, le trajet de cette route aurait pu la contourner. Les besoins de modernisation de la ville seraient donc instrumentalisés au profit du nettoyage urbain, et au détriment des milliers de familles qui y résident.

La rénovation des infrastructures cariocas induit de désastreuses conséquences pour les populations en difficulté des mégapoles brésiliennes, dont une partie n’est toujours pas relogée, malgré les engagements des responsables politiques. Le secrétaire délégué aux loisirs et aux sports de la ville de Rio de Janeiro, Romario Galvao, qui nie les expulsions forcées révélées par plusieurs experts, reconnaît la difficulté à reloger ces populations. De plus, ceux à qui la ville a proposé une alternative se retrouvent souvent trop éloignés de leur lieu de travail pour pouvoir continuer à s’y rendre, dans un pays où les transports publics ne couvrent pas uniformément les quartiers. Enfin, l’application de ces mesures enfreint les dispositions du droit au logement.

Ces stratégies de relégation et de contrôle du paysage urbain constituent un outil politique qui permet de maîtriser l’image de la ville et sa réputation. Le sport représente un élément incontournable du soft power du Brésil, déterminé à saisir cette opportunité pour s’élever au rang des puissances établies et se distancier de son image de pays du tiers-monde. Cette détermination fait écho à son souhait d’intégrer le Conseil de Sécurité de l’ONU.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s